Sur les traces des Sirènes : du mythe à la réalité !

Bonjour les Ouistitis,

Entre les animaux légendaires, les créatures nocturnes et les divers personnages qui peuplent notre imaginaire, il existe une autre sorte « d’entités mystiques » : ce sont les êtres hybrides. Moitié-humains, moitié-animaux, ces « créatures » nous permettent bien souvent (dans notre esprit et donc notre subconscient) d’extérioriser nos propres frayeurs, notre propre « bestialité » en donnant à l’humain une apparence justement semi-animale. Ces êtres nous ressemblent, mais sont différents. Avant tout mes Ouistitis, sachez que, concernant les sirènes, il existe deux « mythes » (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?) :

La sirène la plus ancrée dans nos esprits et celle que nous connaissons le mieux est issue du folklore médiéval et scandinave (mythe contemporain) : la sirène mi-femme mi-poisson.

La deuxième vient de la mythologie grecque (mythe antique) où la sirène y est dépeinte comme une chimère mi-femme mi-oiseau.

Pour ces deux mythes, l’origine du mot viendrait du grec : « seirến », et du latin « siren ».

D’une sirène à l’autre

Leur réelle signification

“En général, démons des âmes, démons des morts, génies tutélaires des tombeaux, êtres tour à tour ou à la fois bénéfiques et malveillants, comme le sont bon nombre de personnages de la démonologie antique, les Sirènes sont tout cela, et cet aspect n’est plus contesté depuis les importants travaux de Weicker à ce sujet.”

[Source : Odette Touchefeu-Meynier, “De quand date la Sirène-poisson ?”]

Leur évolution à travers le temps

Pour les Scandinaves, la sirène est un monstre redoutable appelé Margygr (la « géante de mer »). Ce monstre paraissait grand, avec un visage terrible, un front pointu, des yeux larges, une grande bouche et des joues ridées. Eh oui, on est loin d’Ariel la petite sirène super mimi de Disney… désolée les filles si je viens de casser l’image dont vous vous faisiez d’elle ? … quoi ? Je suis un brin sadique ? Pensez-vous !

D’après Édouard Brasey, un romancier français, ces créatures océaniques se regardent dans un miroir, symbole de la planète Vénus en astronomie. Aphrodite, déesse de l’Amour née de l’écume marine, est souvent représentée avec un miroir d’or. Même si elle n’a pas de queue de poisson,

Aphrodite serait « l’ancêtre des sirènes et la protectrice des marins ».

Comme pour toutes les créatures de notre imaginaire, l’apparence physique que nous leur consentons aujourd’hui est une succession de « transformations » plus ou moins importantes au fil du temps. La sirène nordique, donc, n’échappe pas à la règle !

Dans les bestiaires médiévaux, les sirènes sont décrites comme des femmes « de la tête au bassin » et poissons du « bassin jusqu’en bas avec des griffes et des ailes », fusionnant ainsi les traditions fabuleuses des mythologies grecque et germanique. On retrouve leur image gravée sur les stèles, tombeaux ou des églises romanes où elles personnifient l’âme des morts comme dans l’Égypte ancienne.

L’œuvre norvégienne le « Konungs skuggsjá » (Miroir royal en vieux norrois) la décrit comme une créature aimable, ressemblant à une femme jusqu’à la taille, car « ce monstre avait de gros mamelons sur la poitrine, comme une femme ». Elle aurait également de longs bras ainsi qu’une longue chevelure, et son visage semblait humain.

Au VIIe siècle, le moine anglais Aldhelm de Sherborne les décrit comme des vierges à queue de poisson couverte d’écailles. (Ben voyons !)

Ces deux représentations vont cohabiter jusqu’au XVe siècle où les sirènes volantes (du mythe grec) laissent définitivement la place, du moins dans nos esprits, à une jolie femme à la longue chevelure et à queue de poisson.

Je vous ferai remarquer qu’à l’époque où tous ces mythes imprègnent notre imaginaire, les femmes, ou les êtres féminins ont la plupart du temps les cheveux longs. Je pense, et il ne s’agit que de mon avis (ça y est je recommence à me la jouer à mort ?), que la chevelure, comme les mamelons, sont non seulement un attribut féminin, mais aussi un attribut « sexuel » ayant pour but d’attirer, d’un point de vue purement physique, le « mâle » dans ses… filets… (ouais, je sais, je suis trop forte pour vous amener là où je veux !). Et puis, je peux comprendre que c’est plus agréable pour la gent masculine de regarder une jolie fille même si elle a une queue de poisson (chacun ses goûts) plutôt qu’une humanoïde qui piaille à longueur de temps et s’en va « à tire-d’aile » à la moindre contrariété (quoi ? Alexia a dit je vous rappelle que j’étais blindée d’humour : femme oiseau, tire d’aile, c’est plutôt marrant, non ?). Bref. Je ferme la parenthèse.

Johannes de Cuba, un naturaliste allemand, les fait vivre dans des gouffres au fond des mers. Quant à Jacob Van Maerlant, écrivain flamand, dit qu’on peut aussi bien les trouver dans les mers que dans les rivières. Je suppose que ce dernier s’est reposé sur le folklore de nombreuses légendes européennes qui font état de sirènes, vivant non seulement dans la mer, mais aussi dans les rivières et les petits cours d’eau. [] Elles portent alors le nom de sirènes, mais sont aussi parfois nommées « ondines » (génie des eaux), « nixes » (nymphes) dans les croyances germaniques, « dragas » ou « donas d’aiga » (dames d’eau) en Occitanie, etc.

Notons que les anglophones les appellent siren, les sirènes antiques (mi-femmes, mi-oiseaux), et mermaid, les sirènes scandinaves (avec une queue de poisson).

Les origines et les premières traces…

De de la femme-oiseau à la femme-poisson

La femme-oiseau est apparu vers la première moitié du VIIIe siècle avant J.-C., laissant progressivement la place à la femme-poisson. 

L’origine des sirènes, telles que nous les connaissons, vient probablement de récits de navigateurs ; les marins auraient peut-être confondu les sirènes avec des lamantins (gros mammifères aquatiques [leur tête me fait penser à celle d’un dauphin]) et/ou des dugongs appelés aussi « vaches marines ».

Bon, je ne sais ce que vous en pensez mes ouistitis, mais pour confondre un mammifère marin quel qu’il soit avec une créature féminine (à queue de poisson, on avait compris, merci) il faut quand même soit avoir bu quelques litres d’hydromel, soit… avoir bu quelques litres d’hydromel ! Parce que physiquement, ce n’est quand même pas la même chose !

En 1403, près d’Edam en Hollande, deux jeunes filles auraient capturé un « spécimen ». Il s’agissait en fait d’une femme, trouvée nue dans l’eau et ne parlant aucune langue connue, et qui fut surnommée la « sirène d’Edam ».

Christophe Colomb lui-même rapporte qu’il en aurait croisé trois près des côtes de Saint-Domingue. Déçu, il aurait dit qu’elles n’étaient pas aussi belles que dans les écrits !

(Désolé mon gars, mais on ne peut pas tout avoir dans la vie : “découvrir l’Amérique” et pêcher du beau poisson). A contrario, des marins américains en auraient vu près des îles Sandwich [Hawaï], (heu… Sandwich comme sandwich au thon ? ok… là, ce n’est pas drôle) « d’une grande beauté qui ne cédait en rien aux plus belles femmes ». Il est de mon avis que ce n’étaient pas les mêmes. Surtout qu’entre les deux « repérages » il y a près de 400 ans d’écart. À moins qu’entre temps les sirènes n’aient embelli.

L’influence d’Ulysse sur leur transformation en femmes-poissons

Un bol mégarien, découvert à Athènes en 1947 dans les fouilles de l’Agora, et une lampe romaine (appartenant au Musée de Canterbury) illustrent un passage du chant où Ulysse est séduit par les filles d’Achéloos et tous deux font de leurs sirènes des femmes à queues d’animaux marins. Et accrochez-vous bien : la lampe date des Ier-IIe siècle après J.-C., et le bol du IIe siècle avant notre ère ! 

La sirène illustrée sur la lampe romaine est une femme à la chevelure longue et bouclée, au torse prolongé, non en une véritable nageoire caudale, mais par la queue en volute, lisse et sans écaille, d’un reptile marin.

[Source : Odette Touchefeu-Meynier, “De quand date la Sirène-poisson ?”]


La légende de la sirène-poisson s’est répandue jusqu’en Haïti où elle porte le nom (aujourd’hui après plusieurs changements au fil du temps) de « Mami Wata » où elle serait assimilée à une sorte de divinité de la fécondation. Mais elle serait aussi la « Mère des Eaux », crainte des pêcheurs, symbole de la mère nourricière et de l’océan destructeur. Le culte de Mami Wata s’est propagé sur la côte atlantique du Togo en passant par le Nigéria, le Cameroun et le Congo.

Aujourd’hui, nous devons notre sirène moderne à Hans Christian Andersen, écrivain danois, grâce à son histoire où la sirène n’est plus la terrible tentatrice, mais devient une héroïne romantique à la recherche de l’amour.


[A savoir : Dans la mythologie grecque, les descendants de Triton, fils de Poséidon, qu’on appelle les “tritons”, sont considérés comme l’équivalent masculin des sirènes. Mais, contrairement à elles, cette classe de créatures marines pouvaient être de sexe masculin ou féminin !]


Entre mythe et réalité

Une figure fascinante

La sirène enflamme les esprits, parfois les cœurs. Elle nous enchante tant par sa voix ensorcelante, que par tous les mythes qui l’accompagnent. (Les filles au pouvoir !) Cependant, les mystères étaient tels que les scientifiques ont tenté de trouver une réponse rationnelle.

Dès le XVI ° siècle, des reproductions « desséchées » ont été exposées dans les foires et musées ! (Berk !) Au XVII ° siècle, aux Pays-Bas, un certain Pavio aurait disséqué une sirène en présence de Johannes de Laet, un médecin réputé, ce qui aurait apporté du crédit à leur existence réelle. La tête et la poitrine étaient humaines cependant, du nombril au pied la créature était informe… mais sans queue.

L’être humain étant ce qu’il est, il est rapporté qu’au XIX°, au Japon, en Inde ou en Chine, des monstres hideux ont été fabriqués avec un buste de singe et une queue de poisson. Il est évident que ce genre de « mutation » ne permet pas, en général la survie de l’enfant.

Quand la science s’en mêle !

En 1758, les sirènes ont fait l’objet d’une courte note dans le Systema naturae de Carl von Linné [] (ouvrage qui fonda la classification scientifique du vivant), mais ce taxon fut rapidement abandonné des classifications scientifiques faute de spécimens ou de descriptions crédibles [].

Bien que l’existence des sirènes ne soit plus envisagée par les scientifiques depuis le XIXe siècle, certains ont continué de s’y intéresser, avec plus ou moins de sérieux, comme l’océanologue Karl Banse.

Selon lui, les sirènes seraient des mammifères marins et n’auraient donc pas d’écailles, et leur corpulence limiterait leur répartition aux eaux les plus chaudes des tropiques, elles auraient un mode de vie agricole (algues, mollusques). Elles compléteraient éventuellement leur régime alimentaire par de la chair humaine, ce qui expliquerait leur habitude de charmer les marins pour les emmener dans les profondeurs.[].

À l’inverse, certaines études se sont intéressées aux problèmes biologiques qui empêchent l’existence d’êtres comme les sirènes. Plusieurs paramètres physiologiques rendent en effet impossible qu’un animal d’une telle apparence puisse être viable, comme, sans rentrer dans les détails, la température, etc. D’autres possibilités scientifiques suggèrent des primates marins, mais il s’agit là d’une autre histoire…

Nous pouvons, comme dans le cas de nombreuses créatures fantastiques, nous demander si oui ou non la sirène (nordique ou non) a réellement existé (ou existe vraiment). Toutefois, s’il parait que manger du poisson nous aide à avoir une bonne mémoire, certains écrits asiatiques rapportent que manger de la chair de sirène rendrait immortel !

Je vous arrête tout de suite ! Ne vous précipitez pas sur les morceaux de poissons panés ou divers burgers à base de poisson, il y a peu de chance pour qu’ils contiennent de la chair de sirène ! Précipitez-vous plutôt sur les livres et divers supports qui rapportent plus ou moins leurs légendes : vous verrez : lire fait du bien autant pour l’esprit que pour la mémoire !

Où les retrouver ?

Littérature :

  • La Petite Sirène, Hans Christian Andersen, 1876.
  • Peter Pan, écrit par J. M. Barrie, 1911 (on y retrouve entre autres des sirènes)
  • Harry Potter et la Coupe de Feu, 2000, des personnages de sirènes sont abordés. (le livre et le film)
  • Mermaid, écrit par Carolyn Turgeon, 2011 (nouvelle littéraire).
  • Le Royaume de Lénacie, écrit par Priska Poirier, 2011 (série d’ouvrages littéraires à succès)
  • La sirène, Kiera Cass et Madeleine Nasalik, 2016.

Films – série TV :

  • La Petite Sirène/Rusalochka, Ivan Aksenchuk, 1968.
  • La Petite Sirène/Malá mořská víla, CSR ; Miroslava Safránková – Sirène et Libuse Safránková, 1976
  • L’Ondine Triste/La Petite Sirène/Russalotschka/Rusalka, Bulgarie/RSS, Vika Novikova – Sirène, 1976.
  • La Petite Sirène, Tomoharu Katsumata, 1979.
  • Splash, 1984.
  • Le Prince et la Sirène, série télévisée, 1995,
  • Sirènes, 2003 (téléfilm).
  • H2O, 2006 (série télévisée australienne)
  • Aquamarine, 2006.
  • Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence, 2011.
  • Mako Mermaids, 2013 (série télévisée australienne)

Mangas – dessin animé – Longs métrages animés :

  • La Petite Sirène, des Studios Disney, 1989.
  • Mermaid Melody, 2003.
  • Mermaidia, 2006 (long métrage d’animation de Barbie)
  • Ponyo sur la falaise, Hayao Miyazaki, 2009.

En nous « plongeant » dans toutes ces archives et ces manuscrits fabuleux (quels qu’ils soient), nous nous approprions, le temps de leur lecture, un peu de cette immortalité qui, à travers toutes ces créatures fabuleuses, traverse les siècles et nous survivra demain…

Les écrits restent, les paroles s’envolent… mais le mystère, lui, règne encore…

A bientôt les Ouistitis !

Article rédigé par S-P Decroix (auteure de La Princesse du fond des Temps) et Leandro De Carvalho (auteur du Petit Chaperon Rouge : un Nouveau Monde).

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